• 30 décembre 2020

La Miata 2002 « La `tite auto rouge »

La Miata 2002 « La `tite auto rouge »

La Miata 2002 « La `tite auto rouge » 1024 500 Convertible Auto-Club

La Miata 2002

« La `tite auto rouge » par Gilles Falardeau

Noël 2001

En cette belle période de l’année, nous offrons à mon garçon de 15 ans, un certificat cadeau pour son cours de conduite, qui débutera dès son 16ème anniversaire, le printemps suivant.

C’est le symbole du début de son adolescence qu’il attend impatiemment depuis des mois.

Dans la famille, depuis le début du 20ème siècle, on est dans le domaine automobile, commerçants et garagistes de père en fils. Mon bébé s’inscrit dans la continuité de l’amour de l’automobile.

Dans les années ’60, comme hobby, mon père est dans l’administration de deux pistes de “stock car” : « L’autodrome de Ste-Thérèse-de-Lisieux », au nord de Beauport, et le « Québec Modern Speedway » de Val Bélair. Ses deux bolides sont conduits par André Martel et Gaston Grenier. C’est la belle époque des Denis Giroux, Marcel Corriveau, Langis Caron et le grand champion, Jean-Paul Cabana. Je passe mes étés dans le bruit infernal des moteurs et des odeurs de pneus et d’essence. J’apprends ce que signifient compétition et performance.

La passion de l’automobile laisse des traces.

En 1965, durant deux ans, j’aide mon père à restaurer une magnifique Chevrolet 1936, dont il va se départir trois ans plus tard. Peut-être pour se faire pardonner, il m’aidera en 1975 à réparer et restaurer, à 22 ans, ma première Corvette : une « Stingray » 1972, suivie de deux autres en 1977 et 1980, sans parler des Mustangs et d’une superbe Toyota Supra en 1983.

Les priorités d’une jeune famille qui s’agrandit ont suspendu mes achats de jeunesse, mais la passion des courses est toujours demeurée ancrée en moi. Aujourd’hui, la technologie nous permet facilement de suivre diverses compétitions. Je me déplace encore au Québec, en Ontario et aux États-Unis pour vivre la frénésie du direct.

J’ai partagé très tôt ma passion avec mon garçon lui promettant, souvent, qu’à ses 16 ans, j’achèterais un bolide dont il pourrait profiter à sa guise. Les enfants se souviennent bien de ce qu’ils veulent et le mien a conservé précieusement cette promesse au fond de sa mémoire. À L’aube de cet hiver de 2001, il sent qu’il touche au but.

La Miata, le choix de la raison !

Je prévois d’ acheter une Mustang GT, rappelant ma première voiture sport à 19 ans, une Mach1 1969. Quelle déception quand le représentant de ma compagnie d’assurance m’a dit, en riant : « Vous n’êtes pas sérieux! Assurer un adolescent de seize ans sur un bolide de ce genre, on ne peut pas faire ça. »

Quelle tragédie quand j’ai appris la mauvaise nouvelle à mon fils.

Vers la fin janvier 2002, comme on le fait annuellement, on se rend au Salon de l’auto de Montréal. En parcourant les allées, je m’aperçois qu’il est attiré au kiosque Mazda. Plusieurs personnes entourent et admirent une superbe Miata MX-5 rouge manuelle à six vitesses, toute équipée avec l’intérieur de couleur tan. Il attend patiemment son tour avant de s’asseoir au volant.

Le moment venu, pendant que je le photographie, il me dit : « ‘Pa, elle pourrait quand même faire l’affaire cette petite auto-là! ». En revenant, il me lit la brochure obtenue au kiosque. Il me vante la fiabilité et les performances de ce petit bolide.

Prise de possession...

Début mars, en rentrant de l’école, je lui demande de m’accompagner pour une course. On se rend chez Mazda Chambly. En arrivant, il remarque l’énorme sigle Mazda sur la façade du garage et me regarde en disant : « Je savais que tu en achèterais une. »

En entrant dans la salle de montre, il aperçoit une Miata identique à celle du salon de l’auto. Le vendeur, qui a fait des pieds et des mains pour en trouver une, l’aborde en souriant et lui remet les clés : « Votre père n’a même pas voulu l’essayer… Il tenait à ce que vous ayez le plaisir d’être le premier conducteur. »
Mon fils est sous le choc, tout se déroule trop vite dans sa tête. Il s’approche et me fait un « câlin » sans être capable de prononcer quoi que ce soit. Je lui glisse à l’oreille : « Tu as toujours été sage, mature et responsable, l’auto est le symbole de ma reconnaissance. »

Durant une dizaine d’années, il traite la Miata MX-5 comme la prunelle de ses yeux et ne manque pas une occasion de s’en servir. Pas question de se pavaner avec le bijou pour aller au cégep ou par la suite à l’université. L’autobus est un excellent moyen de garder les pieds sur terre!

Les fins de semaine, la Miata est réservée de temps en temps à mon épouse et moi-même, en autant qu’il fasse beau! Elle ne sort pas sous la pluie et dort dans son garage chauffé.

Les sorties estivales en Miata !

Durant une décennie, en saison estivale, on planifie régulièrement une sortie quelque part et on s’évade avec cette superbe voiture, qui nous offre une conduite sportive agréable. On sillonne les routes en prenant le temps d’admirer les paysages, de prendre un bon repas en tête-à-tête et de se retrouver en amoureux dans une auberge, avant de revenir le dimanche. On a visité beaucoup de coins connus ou méconnus du Québec. De petites pauses privilégiées de nos carrières respectives et d’une famille qui prend toutes nos énergies.

En tant que couple, la Miata nous a permis de nous rapprocher, de décompresser et de se retrouver comme lorsqu’on s’est connu. La Miata a entendu nos discussions, nos confidences et, avec le temps, elle s’est intégrée dans la famille. Dans le quartier, elle ne passe pas inaperçue, surtout avec un ado au volant.

La « ‘tite auto rouge » restera dans la famille !

Cependant, depuis cinq ans, on pourrait dire qu’on a fait le tour du jardin de nos balades en amoureux. On s’est doté d’une caravane à sellette et on découvre le camping. On se sert de la Miata à quelques occasions durant l’été, pour aller à des expositions de voitures anciennes ou à des courses automobiles. Avec le temps, mon garçon s’est intéressé aux modèles européens et roule aujourd’hui en BMW.

La Miata est aussi resplendissante qu’en 2002, avec 70,000 kilomètres au compteur. Même pas une tache d’huile dans le compartiment moteur. Elle est d’une fiabilité exemplaire, aucun bris et elle se contente des entretiens réguliers. Comme on s’en sert peu, j’ai eu plusieurs offres d’achat.  À chaque printemps j’hésite.  On est trop attaché à tous les souvenirs qu’elle représente pour la laisser partir.

Il y a deux ans, j’ai trouvé dans un bazar pour mon petit-fils de six ans, une petite Jeep électrique que j’ai restaurée à ses couleurs préférées : orange et vert. Il m’a demandé de la stationner dans le garage, derrière « La `tite auto rouge à Papi. » 

Un dimanche où la petite famille est à la maison, on s’aperçoit que la porte de côté du garage est ouverte. En m’approchant, j’entends la voix de mon petit-fils.  Rendu dans le cadre de porte, je vois qu’il a soulevé un peu la toile qui recouvre la partie avant du véhicule, je déduis qu’il s’adresse à la Miata. 

Lorsqu’il est découvert, le gamin recule un peu gêné, replace la toile et demeure immobile. Il sait qu’il est interdit d’aller seul dans le garage à Papi. Je lui dis que j’ai entendu ses propos et je lui demande s’il aimerait conduire la Miata, un jour, quand il aura son permis de conduire. Il me regarde les yeux grands ouverts sans répondre et sort du garage, en courant, pour se diriger vers la maison. Je le suis à quelques pas derrière lui.

En entrant dans la cuisine, il parle à sa mère et ma fille m’apostrophe : « T’es pas sérieux ‘Pa, dire cela à Thomas, il va s’en souvenir et en parler sans cesse jusqu’au moment venu! »

Je souris et je fais un clin d’œil complice à mon petit-fils. Je pense au ‘36 de mon père qui devait me revenir un jour, à ma première Corvette que j’ai revendue, et je me dis, que la Miata va demeurer dans la famille. 

La « ‘tite auto rouge » vient de se trouver une nouvelle mission et va passer à la postérité.

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